PLASTONAUTES - Bruno Bressolin
  
PLASTONAUTES
« Souvenir du futur »

Vantés pour leurs mérites nettoyants, javellisants, détergents, antioxydants, soigneusement sélectionnés sur les rayons des grandes surfaces pour prendre place fièrement dans nos caddies, tapis derrière les portes de placards entre deux exercices de leur puissance, ces sauveurs de notre quotidien sont ensuite précautionneusement déposés dans les poubelles de tri consacrées au plastique, prêtresses protectrices de notre environnement et intermédiaires d’un avenir inconnu.

Convoités dans les vitrines et les catalogues, réclamés pour les anniversaires et les fêtes, déballés amoureusement, chouchoutés un temps, ces indispensables de l’instant sont ensuite empilés dans des caisses à roulettes sous les lits de têtes blondes oublieuses, avant de prendre la direction de la cave ou du grenier ou d’atterrir dans des grands sacs poubelles destinés à un purgatoire incertain...

Pour ces accessoires de consommation, un cycle de vie somme toute banal, de l’utile à l’inutile, du désir à l’abandon, du culte à la négation, après avoir fait leur temps, accompli leur rôle comme il se doit.

Bruno Bressolin leur donne une seconde chance d’exister, de témoigner, de séduire à nouveau. Ramassés au fil des années sur des plages mythiques : Biarritz, le Cap Ferret, le Lido..., roulés par les vagues, séchés au soleil, nettoyés de leur superflu, alignés sur des étagères chromées, classés par couleur, photographiés en gros plan, des centaines d’objets en plastique - flacons ou bidons écrasés, baigneurs privés de bras, raquette de badminton déformées... - par ce retour originel en rayon, ce passage en inventaire, ils reprennent vie, présence, éclat.
Ils acquièrent un nouveau statut.
Statut esthétique, d’abord, le thermoformage se confirmant véritable média de création, évolutif de surcroît, le temps et l’usure produisant des couleurs magnifiques, rares. Une résurrection en beauté. Statut social, ensuite. Chaque étagère se déploie comme l’arc en ciel dénonçant l’orage d’une société de consommation insouciante, inconsciente, contradictoire, mal élevée, aveugle. Chaque prise de vue est l’étendard brandi de nos envies éphémères, de l’égoïsme collectif bien-pensant. Chaque objet, rebaptisé «plastonaute», incante, selon l’expression de l’artiste le «souvenir du futur».
Marie-Claude Le Floc’h
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