thanakan-antonin artaud - Bruno Bressolin
thanakan-antonin artaud
Chapî-Bresso

L’inspiration de Bruno Bressolin procède selon ce que l’on appelle un « effet papillon », expression qui résume, à en croire Wikipédia, une « métaphore concernant le phénomène fondamental de sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos. » La formulation exacte qui en est à l’origine fut exprimée plus succinctement, et de manière plus imagée, lors d’une conférence scientifique en 1972, par la question suivante : « Les flatulences de Mère Theresa peuvent-elles provoquer une éruption volcanique sur Pluton ? ». À petite cause, grands effets – nez de Cléopâtre… De même, l’ami ou la connaissance qui, un jour, lors d’un vernissage mondain, raconta à un autre ami comment, par le biais d’un lointain aïeul, il avait fait la découverte – improbable – d’un projet original et saugrenu mené conjointement par Antonin Artaud et Colette Magny intitulé « Thanakan ». Ce dernier ami ébruita si bien l’affaire du Thanakan qu’elle parvint, après avoir encore fait un petit bonhomme de chemin, aux longues oreilles de notre artiste. Affaire obscure s’il en est, mêlant pêle-mêle un disque gravé sur une seule face, Sylvie Dubal, des « ayants-droits », « Gaston Gallimard » et de plates impossibilités financières beaucoup moins romanesques. Reste que l’histoire lui parvint et, la curiosité menant à l’intérêt, Bruno Bressolin envisagea d’en faire son miel.
La Bressolinartomagny ne tarde alors pas à se déployer des couloirs obscurs de la Bibliothèque Nationale de France, où l’on peut écouter le vinyle à condition de montrer patte blanche, à l’atelier de l’artiste de Joinville-le-Pont. De Thanakan à Tanakan, un comprimé brun rouge à l’extrait sec de Ginkgo recommandé dans le traitement du déclin cognitif, qui fit grand bruit pour ses effets non désirables sur le système digestif des patients octogénaires, Bruno Bressolin imagine sa boîte de médicaments aux nuances vertes radioactives.
Toute l’écriture, disait Artaud dans une phrase restée célèbre de L’ombilic des limbes, est de la cochonnerie ; en imaginant sa boîte de médicament, Bruno Bressolin prend acte de cette sentence définitive, et offre au regard un objet hybride. Il sublime à nouveau le texte d’Artaud, proche par là de la démarche de Colette Magny, à travers des représentations brutes respectueuses de la déliquescence du langage, des tonalités musicales angoissantes et de la folie schizophrénique qui émane de cet enregistrement. On assiste alors au rapprochement de trois personnages aussi proches que lointains – rapprochement illustré par la structure spéculaire de l’œuvre –, mais qui ont pour point commun certain cette volonté de faire correspondre et dialoguer les arts entre eux. Antoine Silvestre de Sacy
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